La cigale et la fourmi

La cigale ayant chanté
tout l'été,
Se trouva fot dépourvue
quand la bise fut venue
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau:
Elle alla crier famine
Chez la fourmi, sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût, foi d'animal,
Intérêt et principal.
La fourmi n'est pas prêteuse,
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez, j'en suis fort aise!
Eh bien! dansez maintenant.
Cette fable est imitée d'Esope; avant la Fontaine,

Ba¨f avait dit:
Tout l'esté chanta la cigale,
Et l'hyver elle eut la faim vale(fort)
Demande à manger au fourmi:
Que fais-tu tout l'esté,- je chante
Il est hyver; dance, fainéante.
Appen des bestes, mon ami.
(Moeurs et enseignements)
Temps de lamoisson, ainsi appelé du mois d'août,
qui est celui de la récolte.
C'est à dire que le défaut d'être prêteuse est celui qu'elle a
le moins. La phrase est ironique, et dire que la fourmi n'a pas
de ce défaut, revient à dire qu'elle n'a pas cette qualité.
La réponse de la fourmi est dure, et ne doit pas être prise
pour modèle; mais la cigale mérite ce qui lui arrive, et c'est là
toute la moralité de cette fable. La Fontaine veut nous prémunir
contre la paresse et l'imprévoyance en nous montrant quelles
en sont les suites funestes.

Fable de Jean de la Fontaine.
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La fortune et le jeune enfant

Sur le bord d'un puits très profond
Dormait, étendu de son long,
Un enfant alors dans ses classes.
Tout est aux écoliers couchette et matelas.
Un honnête homme, en pareil cas,
Aurait fait un saut de vingt brasses.
Près de là tout heureusement
La fortune passa, l'éveilla doucement,
Lui disant: Mon mignon, je vous sauve la vie;
Soyez une autre fois plus sage, je vous prie.
Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi;
Cependant c'était votre faute.
Je vous demande, une bonne foi,
Si cette imprudence si haute
Provient de mon caprice. Elle part à ces mots.
Pour moi, j'approuve son propos.
Il n'arrive rien dans le monde
Qu'il ne faille qu'elle en réponde:
Nous la faisons de tous écots;
Elle est prise à garant de toutes aventures.
Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures.
On pense en être quitte en accusant son sort:
Bref. La fortune a toujours tort.
(
Jean de la Fontaine.
(La Fontaine n'aimait pas l'enfance.)
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Le loup, la mère et l’enfant

Jean de la Fontaine
Ce loup me remet en mémoire
Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris:
Il y périt. Voici l' histoire:
Un villageois avait à l'écart son logis.
Messer loup attendait chape-chute à la porte:
Il avait vu sortir gibier de toute sorte,
Veaux de lait, agneaux et brebis,
Régiments de dindons, enfin bonne provende.
Le larron commençait pourtant à s'ennuyer.
Il entend un enfant crier:
La mère aussitôt le gourmande,

Le menace, s'il ne se tait,
De le donner au loup. L'animal se teint  prêt,
Remerciant les dieux d'une telle aventure,
Quand la mère, apaisant sa chère géniture,
Lui dit: Ne criez point; s'il vient nous le tuerons.
Qu'est ceci? s'écria le mangeur de moutons:
Dire d'un, puis d'un autre! Est-ainsi que l'on traite
Les gens faits comme moi? Me prend-on pour un sot?
Que quelque jour ce beau marmot
Vienne au bois cueillir la noisette…
Comme il disait ces mots, on sort de la maison:
Un chien de cour l'arrête: épieux et fourches-fières
L'ajustent de toutes manières.
Que veniez-vous chercher en ces lieux? lui dit-on.
Aussitôt il conta l'affaire.
Merci de moi! lui dit la mère;
Tu mangeras mon fils! L'ai-je fait à dessin
Qu'il assouvisse un jour ta faim?
On assomma la pauvre bête.
Un manant lui coupa le pied droit et la tête:
Le seigneur du village à sa porte les mit;
Et ce dicton picard à l'entour fut écrit:
Biaux chires loups, n'écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crit.
( Beaux sires loups, n'écoutez pas mère tançant ( grondant) son fils qui crie.
Chape-chute ou chape= ( riche vêtement écclésiastique)

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Le renard et le buste

Les grands, pour la plupart, sont masques de théâtre,
Leur apparences impose au vulgaire idolâtre.
L'âne n'en sait juger que par ce qu'il voit;
Le renard, au contraire, à fond les examines,
Les tourne de tout sens; et quand il s'aperçoit
Que leur fait n'est que bonne mine,
Il leur applique un mot qu'un buste de héros
Lui fit dire fort à propos.
C'était un buste creux et plus grand que nature.
Le renard, en louant l'effort de la sculpture:
” Belle bête, dit-il, mais de cervelle point.”
Combien de grands seigneurs sont bustes en ce point!
Jean de la Fontaine
Aristote rapporte cette fable comme étant de Stésichore.
Horace a traité le même sujet en quelques vers.
buste de César
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Le chien qui lâche sa proie pour l’ombre

Chacun se trompe ici-bas:
On voit courir après l'ombre
Tant de fous, qu'on n'en sait pas,
La plupart du temps, le nombre.
Au chien dont parle Esope il faut les renvoyer.
Ce chien, voyant sa proie en l'eau représentée,
La quitta pour l'image, et pensa se noyer.
La rivière devint d'un coup agitée;
A toute peine il regagna les bords,
Et n'eut ni l'ombre ni le corps.
Jean de la Fontaine
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